Les coquilles, souvent considérées comme de simples curiosités naturelles ou des archives de la vie des mollusques et de leur environnement, révèlent une capacité insoupçonnée : celle de conserver de l'ADN. Piégées dans la structure minérale de la coquille, ces molécules génétiques peuvent subsister pendant des dizaines de milliers d'années après la mort de l'animal, offrant ainsi une nouvelle perspective sur le passé.
Cette 'mémoire génétique' permet aux chercheurs de reconstituer l'histoire des populations de mollusques, de suivre leur évolution au fil du temps et d'analyser leurs réponses aux changements environnementaux, qu'ils soient naturels ou induits par les activités humaines. De plus, les coquilles peuvent également contenir des traces génétiques d'autres organismes présents dans l'environnement du mollusque, enrichissant encore la quantité d'informations disponibles.
La formation de la coquille, un processus de biominéralisation impliquant le carbonate de calcium et une fraction de matière organique, piège potentiellement l'ADN au cours de sa croissance. Des études menées depuis le début des années 2000 ont confirmé la possibilité d'extraire de l'ADN à partir de coquilles modernes, y compris pour des espèces rares ou protégées, minimisant ainsi l'impact des prélèvements.
La préservation de cet ADN ancien dépend de divers facteurs tels que les conditions de stockage ou d'enfouissement et la microstructure de la coquille. Dans des conditions optimales, comme dans les sédiments marins gelés de Sibérie, l'ADN peut être retrouvé dans des coquilles âgées d'au moins 100 000 ans, fournissant des informations génomiques complètes.
L'analyse de cet ADN ancien est particulièrement précieuse pour comprendre les transformations récentes de la biodiversité face aux pressions humaines croissantes. Elle a permis, par exemple, de révéler la diversité génétique de populations d'huîtres plates européennes disparues au XIXe siècle ou de suivre l'évolution génétique des ormeaux de Californie avant un effondrement de population dans les années 1980.
Au-delà de l'ADN du mollusque lui-même, les coquilles peuvent aussi servir d'archives 'métagénomiques', conservant les traces d'autres organismes, comme des bactéries. Cela aide à retracer l'histoire des maladies affectant les mollusques, notamment en aquaculture, comme l'a montré l'étude de coquilles de palourdes japonaises atteintes de la maladie de l'anneau brun.
Les collections de mollusques, comme celles du Muséum de Toulouse qui comptent près de 100 000 spécimens, deviennent ainsi des ressources inestimables pour la recherche en génomique, permettant de poser de nouvelles questions sur l'histoire des populations et des environnements passés.




