Une nouvelle étude, fruit d'une collaboration entre l'INRAE, l'ENAC, l'ISAE-SUPAERO et l'ADEME, analyse les grands plans de transition de l'aviation civile mondiale à l'horizon 2050. Les scientifiques concluent que malgré les efforts entrepris, les stratégies actuelles de réduction des émissions de gaz à effet de serre sont insuffisantes pour atteindre la soutenabilité. Les résultats, publiés dans Nature Communications, appellent à une réévaluation des politiques d'offre et de demande dans le secteur.
Face au changement climatique, de nombreuses organisations ont élaboré des feuilles de route pour tendre vers la neutralité carbone dans l'aviation. Ces plans s'appuient sur des leviers tels que les carburants alternatifs et l'amélioration de l'efficacité des avions. Cependant, l'équipe de recherche, incluant des experts en bioéconomie, environnement et aéronautique, a évalué ces stratégies au regard de l'ensemble des limites planétaires, une approche inédite pour ce type d'analyse. L'étude quantifie les impacts environnementaux et les besoins en ressources d'ici 2050, en considérant différents scénarios d'évolution du trafic aérien.
La méthode scientifique repose sur la notion de budget environnemental, similaire au budget carbone. Elle définit des seuils maximaux de consommation pour diverses activités humaines afin de respecter les limites planétaires. Pour l'aviation, des principes de partage économique (basé sur le PIB mondial) et éthique (basé sur l'impact relatif) ont été appliqués. L'analyse du cycle de vie des carburants a permis d'évaluer les besoins en ressources comme l'eau douce et l'énergie, ainsi que l'utilisation des terres agricoles et les capacités de captage du carbone. L'étude retrace également la part du budget climatique historique consommée par le secteur.
Les résultats indiquent que si l'aviation respecte certains budgets planétaires, aucun des plans de décarbonation étudiés ne permet de les satisfaire simultanément. Les budgets liés au climat et à l'intégrité de la biosphère sont systématiquement dépassés. De plus, les stratégies les plus ambitieuses impliquent des coûts significatifs en ressources. Les auteurs préconisent donc de maintenir les mesures technologiques actuelles tout en déployant des politiques de maîtrise de la demande du trafic aérien pour une véritable trajectoire de soutenabilité environnementale.




