La sélection humaine menace les poissons d'eau douce les plus originaux

Une étude révèle que les espèces de poissons d'eau douce utilisées par l'homme sont souvent les plus originales et menacées, amplifiant le risque d'érosion fonctionnelle des écosystèmes.

Image générique de poissons d'eau douce aux formes originales, avec des plantes aquatiques en arrière-plan.
IA

Image générique de poissons d'eau douce aux formes originales, avec des plantes aquatiques en arrière-plan.

Une étude du Centre de recherche sur la biodiversité et l’environnement (CRBE/OMP) révèle que les humains sélectionnent des espèces de poissons d'eau douce aux formes particulièrement originales pour la pêche, l'aquaculture et l'aquariophilie, augmentant leur risque d'extinction.

Un quart des espèces de poissons d’eau douce de la planète sont utilisées par les sociétés humaines pour la pêche, l'aquaculture, l'aquariophilie et la pêche sportive. Une analyse menée par le Centre de recherche sur la biodiversité et l’environnement (CRBE/OMP — CNRS / Université de Toulouse / IRD / Toulouse INP) a examiné la morphologie de près de 9 000 poissons. Les résultats, publiés dans Nature Communications le 19 octobre 2026, indiquent que chaque usage cible des formes spécifiques, souvent les plus « originales », et que nombre de ces espèces sont menacées d’extinction.
Les scientifiques ont croisé les bases de données FISHMORPH et FishBase pour analyser onze traits morphologiques de 8 970 espèces de poissons d’eau douce et leurs usages humains. Les 2 334 espèces utilisées par l'homme (26 % des espèces étudiées) représentent 45 % de l'éventail mondial des formes de poissons d'eau douce, démontrant une large sélection de « stratégies écologiques ».
Chaque usage privilégie des types de poissons distincts : les pêcheurs sportifs recherchent de grands prédateurs à large gueule, les pêcheries commerciales exploitent un large spectre, l'aquaculture favorise les grandes espèces fouisseuses, et l'aquariophilie sélectionne les petites espèces aux grands yeux.
Le constat le plus préoccupant est l'« originalité » morphologique des espèces utilisées. L'aquaculture et la pêche sportive ciblent préférentiellement des espèces aux combinaisons de traits rares. « Les espèces que nous utilisons le plus ne sont pas des poissons ‘ordinaires’ : ce sont souvent les plus originales du point de vue de leur morphologie, et donc de leur rôle écologique », explique Pierre Bouchet, doctorant au CRBE et premier auteur de l’étude. « En ciblant ces espèces, dont beaucoup sont déjà menacées, nous prenons le risque de perdre des fonctions écologiques que rien ne pourra remplacer ».
Parmi les espèces utilisées, 17 % sont aujourd'hui menacées ou quasi menacées d’extinction. Leur disparition entraînerait une érosion du spectre mondial des formes de poissons d’eau douce de 4,7 %, soit quatre fois plus que si les extinctions étaient aléatoires. Cette perte toucherait en priorité des espèces irremplaçables comme les esturgeons ou les grands silures asiatiques.
Cependant, les usages humains peuvent aussi protéger. La carpe commune, menacée dans son aire d'origine, est devenue répandue grâce à l'aquaculture. Au Brésil, la gestion communautaire de la pêche de l'arapaïma a permis une augmentation de ses populations. Les auteurs plaident pour une évolution des politiques de conservation intégrant la dimension fonctionnelle des espèces, au-delà de leur statut de menace ou de leur volume de commerce.
« Intégrer cette dimension fonctionnelle dans les politiques internationales de conservation [...] pourrait contribuer à protéger non seulement des espèces, mais également les rouages mêmes du fonctionnement des écosystèmes dont dépendent nos sociétés », souligne Aurèle Toussaint, chargé de recherche CNRS au CRBE et coordinateur de l'étude.
Information rédigée à partir de la source officielle : Observatoire Midi-Pyrénées (OMP) (04/11/2026)